7 mai 2026
Points importants à retenir du colloque de l’Association for Corporate Growth à Edmonton
J’ai récemment eu le plaisir d’assister pour la première fois au colloque 2026 de l’Association for Corporate Growth (ACG), organisé par la section d’Edmonton. L’ACG est un réseau professionnel comptant 14 500 membres répartis dans six pays, dont l’objectif est de stimuler la croissance des entreprises de taille moyenne.
Au fil d’un programme varié de conférences et de tables rondes, un fil conducteur est clairement apparu : dans un monde de plus en plus instable et façonné par l’IA, une gouvernance solide, une gestion dynamique des risques et une prise de décisions s’appuyant sur des valeurs sont essentielles.
C’est dans ce contexte que je souhaite partager ci-dessous mes réflexions sur deux conférences et une table ronde consacrées au capital-investissement.
Les tests de résistance dans un monde en constante évolution
James Marple, économiste principal à la Banque TD, a souligné la nécessité pour les organisations de réaliser des analyses de scénarios plus fréquentes et plus pertinentes. Pour gérer les risques dans un monde marqué par l’instabilité géopolitique, la fluctuation des marchés de l’énergie et l’évolution rapide des technologies, les conseils d’administration et les dirigeants doivent adopter une approche dynamique, fondée sur des hypothèses.
Selon M. Marple, la fiabilité des s évaluations des risques et des prévisions dépend de la solidité des hypothèses sur lesquelles elles reposent; j’aborde moi-même cette question dans le cadre du programme de micro-certificat Risques climatiques et ESG pour la gouvernance d’entreprise et la prise de décision. M. Marple encourage les dirigeants à incorporer la modélisation prédictive, l’analyse géopolitique, les considérations de sécurité énergétique et les tendances démographiques à leurs cadres de gouvernance.
Il a également souligné l’importance d’ancrer les décisions d’investissement à long terme dans « l’économie de demain », en positionnant les portefeuilles de manière à ce qu’ils puissent résister à la volatilité à court terme grâce à l’innovation et à une stratégie prospective. Les marchés fonctionnent toujours en partant du principe que la situation va se stabiliser, mais les conseils d’administration pourraient bientôt se rendre compte que les risques climatiques physiques sont en réalité bien plus prévisibles et relativement plus faciles à gérer que l’instabilité géopolitique, notamment les guerres ou l’imposition de droits de douane.
Repenser le risque : une vision axée sur les opportunités du capital-investissement
Un panel composé de dirigeants dans le secteur du capital-investissement a présenté une perspective pragmatique, et étonnamment optimiste. Terry Freeman, responsable des investissements en capital-investissement chez ATB Financial, suggère en effet que les comités de gestion des risques se réinventent pour devenir des « comités d’opportunités ».
Certaines des opportunités qui s’offrent aux entreprises canadiennes ont été mises en avant par Kuba Soltysiak, directeur du Fonds de croissance des entreprises du Canada, un fonds renouvelable de 545 millions de dollars qui fournit des capitaux à long terme aux sociétés canadiennes de taille moyenne. M. Soltysiak a cité des exemples, tels que l’intégration de l’exploitation minière et de la production de potasse aux chaînes d’approvisionnement agricoles, la promotion de la sécurité alimentaire et la réduction de la dépendance vis-à-vis des États-Unis. Il a également évoqué l’opportunité d’investir dans les métaux et de renforcer nos chaînes d’approvisionnement en minéraux critiques, afin de mieux ajuster la production métallurgique aux besoins du secteur de la défense et de la sécurité nationale.
Du point de vue de ce panel, dans un monde soumis aux contraintes climatiques, le Canada se trouve plutôt dans une bonne situation. En effet, le Canada bénéficie de températures plus fraîches, de ressources naturelles abondantes et possède 20 % des réserves mondiales d’eau douce ainsi que d’importants gisements de minéraux et de potasse.
Les conseils d’administration ont donc un double rôle : gérer les risques tout en gouvernant la stratégie, la résilience et la croissance durable de l’entreprise. Le développement des énergies propres, de l’électrification et de l’innovation, en phase avec le climat, représente des domaines d’opportunité majeurs.
Le « test de la cuisine » : investir conformément à nos valeurs et en restant authentiques
Jordan Hokanson, président-directeur général de Hokanson Capital, propose une philosophie d’investissement originale, fondée sur une demande durable, la simplicité et l’authenticité.
Son fonds d’investissement est axé sur des domaines essentiels — l’alimentation, le logement, l’eau et l’énergie — et cible les actifs sous-évalués dans les secteurs de l’agriculture, de l’industrie et de l’immobilier. M. Hokanson évite les marchés hautement concurrentiels, les valorisations surévaluées et les technologies de rupture, telles que l’IA et les centres de données. Il recherche plutôt les opportunités négligées, comme l’immobilier multifamilial à Détroit.
Son approche s’appuie sur ce qu’il appelle le « test de la cuisine » : peut-il expliquer à sa famille en termes clairs, avec assurance et fierté, pourquoi il réalise un investissement? Cette démarche, qui repose sur des principes, privilégie la clarté, la conviction personnelle et la résilience à long terme plutôt que sur la spéculation en fonction des tendances du moment.
Réflexions finales : des philosophies différentes, des impératifs communs
Trois points de vue distincts ont été présentés lors de ce colloque : celui d’un économiste bancaire, celui d’un panel d’investisseurs en capital-investissement et celui du PDG d’un fonds d’investissement familial.
Chacun a exposé sa propre philosophie de gouvernance et son mandat d’investissement. Un message commun s’est toutefois dégagé : en 2026, unegouvernance fondée sur des principes et une gestion rigoureuse des risques sont essentielles pour évoluer dans le monde de l’investissement.
- Les investisseurs qui ont des principes sont en mesure de repérer les perturbations du marché ignorées par les plus gros acteurs.
- Grâce à des actionnaires dynamiques et à une intégration stratégique, les sociétés de capital-investissement peuvent stimuler la croissance.
- Les banques et les investisseurs institutionnels fournissent le capital et la stabilité nécessaires pour développer l’innovation.
Ces approches combinées constituent un écosystème diversifié, mais interconnecté, qui façonnera l’avenir économique et climatique du Canada.